© Dorothée Thébert Filliger

Note d’intention 2013

J’aimerais que Zouc puisse encore créer de nos jours, qu’elle puisse croquer notre époque.
Avec la même scénographie, la même tenue, le même accessoire, sa chaise.
 
J’aimerais qu’elle continue à utiliser le quatrième mur, à ne jamais parler en son nom et disparaître derrière ses personnages, nous laissant seuls à la regarder, à juger de ce qui est drôle ou pas.
 
Nous regarderions cette petite fille seule, amusée et inquiète, s’approprier les autres, passer d’une cheftaine à une schizophrène à un gynécologue, comme pour essayer de comprendre, en traversant d’autres corps, l’essence de cette époque fragile, cocasse, sombre et solitaire. (…)

 
 
Un Album, un spectacle hanté (mais gai).
 
Je commence souvent mon travail de création en cherchant une structure modèle dans laquelle je pense me reconnaître, ensuite je la copie, puis l’explose pour m’y trouver.
Je relis cette note datant du tout debut de projet, et, mon album étant maintenant fait, je me rend compte que la chose qui m’intéresse peut-être le moins chez Zouc, c‘est qu’elle est humoriste.
C’est la forme libre que ses spectacles pouvaient avoir, que j’ai avant tout essayé de reproduire :
un documentaire avec mon corps, une sorte de partition chorégraphique et vocale de l’intime, ou de chant de l’époque.
Car c‘est bien de notre époque dont j’essaye de parler à travers ce que vivent et traversent les 80 personnages de cet Album.
 
Je pense que la crise économique (et sociale?) que nous traversons déteint concrètement sur nous. Je crois par exemple qu’un homme qui subit beaucoup de pressions dans son travail entretiendra un rapport différent au quotidien avec les gens qu’il croise dans la rue, sa femme, ses enfants.
En résidence et en tournée dans toute la France durant plus d’une saison, nous avons construit ce spectacles sur mes observations. Il s‘agissait de relever autour de moi les traces, les gestes, les rapports humains où transparaissaient un certain malaise, et de les faire dialoguer ensemble, se coupant, se répondant, se contredisant. D’appliquer à la dramaturgie d'un spectacle le principe d’association libre utilisé en psychanalyse pour traduire cette inquiétude globale latente.
La scénographie que nous avons imaginé est comme la traduction du souvenir de ces rencontres et de ces observations, peuplée de traces, de fantômes aux ombres encore visibles.
 
Dans Un Album des personnages meurent, se quittent, dansent, éduquent leurs enfants.
Certains se grattent la tête ou rient quand ils ont peur.
Certaines situations sont drolatiques, d’autres dramatiques, et je tente d’incarner chaque personnage, chaque situation avec distance. C’est le processus de création que Zouc a inventé qui permet ceci. C’est ce qui permet d’être drôle, cruel, sensible, décalé; de partir à la recherche d’un rire ambigu, teinté d’affection, ou de peur, ou de dégout parfois, qui vous pince le cœur.
 
Laëtitia Dosch
Octobre 2015
 
 
Un Album, troisième partie d’une trilogie sur l’entertainer
 
Après Laëtitia fait pêter… créé avec Anne Stefens et Jeff Koons à Versailles, Un Album termine la trilogie de solos, qui cherchent à mettre en avant les ressorts de communication entre le regardé et le regardant. Le personnage qui fait le solo est le thème du spectacle, non ce qu’il fait.