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Rudy à 17 ans. Il est en terminale, passe son bac à la fin de l’année. Anniversaire en famille chez les Guyomard: Anne la mère, Lionel le père, Inès la soeur et Annabelle l’amoureuse. C’est joyeux, heureux. On peut dire : « Eux c’est une belle famille! »

Rudy parfois s’adresse à nous. Il nous raconte ses parents, sa soeur Inès, sa petite copine Annabelle, sa passion pour la guitare électrique. On donne les cadeaux, on boit du champagne, on danse, on souffle les bougies.

Rudy se tue. Rudy se jette sous un train. Il est sorti de son cours d’anglais, a demandé une cigarette et s’est rendu à la gare pour se jeter sous le premier train qui passait. Nous ne saurons jamais pourquoi. Ce choix est le sien, il lui appartient.

On reste dans l’appartement. On n’en sortira pas. Pour ce deuil là, le deuil d’un enfant qui décide de mourir, le deuil d’un frère qui décide de faire de son corps une chair en lambeaux, il n’y a pas de mots ou pas assez forts. Il reste alors ces corps qui se cognent contre l’espace vide laissé par Rudy.

Et puis un jour, la porte par laquelle Rudy, un matin, a quitté l’appartement familial comme tous les jours mais ce jour là pour ne plus jamais revenir, s’ouvre et c’est l’amoureuse Annabelle qui entre. Et à la demande de cette famille, prend la place de Rudy. Pas en tant qu’Annabelle mais en Rudy à l’endroit exact où Rudy n’a pas réussi à continuer, et, dans l’appartement familial la vie reprend.

Annabelle devient alors le pantin consentant et désirant de cette famille, guidée par elle pour être au plus juste en Rudy. Elle apprend à être celui qu’elle n’a jamais été et dont elle continue l’existence.

Est ce que l’obstination de ceux qui l’ont aimé à refuser l’adieu pour toujours, fera revenir Rudy?

C’est ce que je souhaite en tout cas parce que c’est quand même chouette de faire au théâtre ce qui n’est pas possible dans la vie.



Noëmie Ksicova