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En partant des entretiens intimes des témoins du 13 novembre 2015, collectés par l'Institut d'Histoire du Temps présent en lien étroit avec le procès, Pauline Susini explore les formes de consolations et de reconstructions intimes et collectives huit ans après les attentats.

Je me suis emparée d'un sujet récent et important : les attentats du 13 novembre 2015, en collaborant avec un laboratoire de recherche, l'IHTP (l'Institut d'Histoire du Temps Présent, CNRS), qui lançait une enquête sur l'évènement et sa mémoire. C'est à cette occasion que j'ai été confrontée aux mots, aux voix, ainsi qu'aux récits de témoins et de survivant.e.s, et que j'ai suivi une partie du procès. Le corpus documentaire à partir duquel j’ai travaillé se compose d’entretiens intimes. Ce ne sont pas des sources comme les autres : elles relatent une expérience traumatique individuelle toujours ancrée dans la conscience collective. Ces sources sont encore très sensibles. En tant qu’artiste, je ne peux m’en emparer sans en prendre soin, sans réfléchir précisément à la manière dont je vais construire une fiction à partir de la réalité documentaire de ces témoignages, mais aussi du procès. Et pourtant il n’est pas question d’esquiver les questions fondamentales que l’événement nous pose aujourd’hui : la forme théâtrale peut contribuer au travail de digestion collective, mais aussi à transmettre les matériaux d’une histoire commune. Or, même si celle-ci est récente, elle renvoie à des éléments profonds de notre condition ahumaine. La mort, la souffrance, la perte, le retour à la vie : autant de questions qui nous concernent toutes et tous. Huit ans après ces évènements, je souhaite explorer les formes de consolations et de reconstructions intimes et collectives ; participer à la fabrique de cette mémoire par la fiction théâtrale. Les récits mythologiques y prendront une grande place. Ces grands récits que nous avons en commun depuis longtemps peuvent ainsi continuer, sur la scène, leur travail de refondation collective.

 

Pauline Susini
Extrait 

LA MÈRE : À un moment donné, j’ai décidé de déménager. C’est compliqué de déménager quand même. J’ai fait les cartons toute seule en mettant la musique de façon aléatoire et... ses copains d’enfance vont venus chercher tous les trucs. C’était très beau d’ailleurs, ce camion de copains d’enfance qui viennent chercher des cartons que moi j’ai fait. Ce sont des moments d’une intensité folle sur lesquels on s’acharne à mettre de la normalité, c’est-à-dire qu’ils arrivent, et « vous voulez une bière ? », « Oui on veut bien une bière », « Super je vais t’en chercher une » et puis tout le monde s’en va. Et puis en fait on vient de vivre un truc complètement fou et on a vraiment fait en sorte de déconstruire l’intensité du moment. Et en fait l’appartement est vide et...
Long temps
Elle visualise la scène

Et je me retrouve seule dans cet appartement vide et je me mets dans sa chambre et je... le truc est ouvert, mais en fait il reste un paquet de cigarettes je crois c’est ça... Et moi je ne fume pas, mais j’ai fait ce que lui faisait lui, c’est-à-dire que j’ai allumé une cigarette. Voilà.
Temps
Elle pleure
Elle Chuchote

Pardon. C’est que c’est... Elle sourit, C’est hyper beau en fait. C’est une scène qui est vraiment hyper belle, c’est-à-dire que l’appartement est vide, et je me mets dans son bureau, je prends une cigarette et je fume comme il le faisait lui en fait. C’est hyper beau.