© Jean-Louis Fernandez

Je ne sais pas si écrire un spectacle pour les très jeunes spectateurs est si différent que pour un autre public. Chaque création est pour moi l’occasion de chercher un nouveau rapport entre la matière et la dramaturgie, entre l’humain et les formes animées. L’exigence de recherche est la même. Pour cette création, je ressentais le besoin de retrouver une écriture plus sensitive, conscient de la responsabilité de m’adresser à un public qui vient au théâtre probablement pour la première fois. Je me souviens des premiers spectacles que j’ai vus. Je ne comprenais pas tout mais des sensations fortes demeurent encore aujourd’hui. C'est un spectacle que j’ai conçu comme un dialogue puisque l’enfant est toujours accompagné d’un ou plusieurs adultes. Le regard de l’un vers l’autre est passionnant.

L’écriture du spectacle est liée à une divagation assumée, une rêverie à partir d’une matière esthétique et aussi ludique : la mousse de bain. C'est un élément à la fois concret et reconnaissable pour l’enfant, et qui peut devenir une abstraction, un terrain de jeu pour l’imaginaire. C'est une matière fascinante qui peut créer des volumes, et des espaces de jeu éphémères, des masses fragiles et transformables que j’imagine comme terrain de jeu pour un corps en mouvement, un corps qui se confronte à la matière, ou encore une grande marionnette transformable, à la fois personnage et paysage.

Voilà plusieurs années que je travaille avec des auteurs contemporains : Marion Aubert, Pauline Sales, Magali Mougel, Sabine Revillet, Guillaume Poix, Thomas Gornet, Stéphane Jaubertie... Pour ce projet, j’ai senti que le principe d’écriture devait être différent, que le rapport entre les mots et l’image devait être nouveau. 
J’ai imaginé une pièce visuelle, sans texte, à partir d’une matière et d’un corps en mouvement. L’écriture de ce spectacle est donc intuitive, reliée à la matière (et aux variables de la matière), aux mouvements et à l’espace. C'est une expérimentation que je souhaite proposer aux spectateurs en deux temps : le temps de la représentation, puis le temps après la représentation. J’ai passé commande à trois auteurs (Alexandra Lazarescou, Marie Nimier, Thomas Gornet) afin qu’ils écrivent chacun une histoire à partir des éléments du spectacle. Ces textes sont publiés dans un petit livret remis aux adultes en sortant de la représentation. Trois histoires comme trois points de vue de spectateurs, trois imaginaires qui ont bouillonné chacun dans leurs coins, pour donner le signe qu'au théâtre chaque spectateur n’a peut-être pas vu ou compris la même chose, et s’est raconté son histoire en fonction de son propre vécu. C’est ce que je trouve passionnant. 

Ces textes permettront, je l’espère, de créer un dialogue entre l’adulte et l’enfant, entre les mots et les souvenirs du spectacle, à l’âge où l’on raconte des histoires aux petits après le bain.