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Affiche © Les Produits de l'épicerie

Avanti !

Bien sûr la tentation est grande de s’indigner de la manière insidieuse dont la crise que nous subissons encourage les frilosités ou autres mauvaises prudences. Les temps sont difficiles et odieux. Ils désespèrent les artisans du progrès social qui, comme le pauvre Sisyphe, n’en finissent pas de rouler leurs espoirs, leurs efforts et leur confiance le long des versants escarpés de toutes les détresses pour devoir sans cesse recommencer. Ces temps sont durs également aux rêveurs, aux créateurs sommés de devoir composer avec cette ambiance d’efforts plus ou moins justifiés, ces contraintes économiques comme thématiques qui pèsent sur le désir d’explorer ce que l’imaginaire poétique peut ouvrir comme nouveaux possibles. Ici on supprime l’aide publique de telle activité, là on rogne sur les subventions de telle ou telle institution. Plus loin encore, hors de nos frontières, certains sont contraints sous les bombes et les fanatismes à déposer les armes pour entrer dans le silence. Pendant ce temps, les critiques envers l’art contemporain, confortablement installés dans leurs certitudes et conservatismes à propos du beau, du bien et du vrai, jamais décevants, hélas, dans leur obstination à nous rejouer le même air depuis plus d’un siècle, entonnent sans complexe leurs bis favoris et nous inspirent la nausée. La chorale de l’intolérance s’époumone avec violence pour accompagner les terrorismes actifs comme jamais pour ajouter encore des morts à la liste de leurs crimes. La crise est économique mais aussi morale et politique. Elle distille une culture du renoncement ou de la crispation si l’on a encore la liberté ou la volonté de s’opposer à la marche de la dégradation engendrée par une époque menaçante pour qui cherche encore à faire émerger du nouveau.

Bien sûr l’époque est donc désespérante mais nous savons aussi que l’art a toujours su jouer des contraintes pour perdurer, pour rebondir. La crise des systèmes industriels n’annonce aucun monde nouveau. La société qui se décompose sous nos yeux n’est grosse d’aucune autre. (…) Nous savons désormais que la société ne sera jamais « bonne » par son organisation mais seulement en raison des espaces d’autonomie, d’auto-organisation et de coopération volontaire qu’elle offre aux individus* . Les artistes n’ont jamais été aussi créatifs que devant les obstacles. C’est pourquoi il ne s’agit pas d’ajouter un couplet aux oraisons funèbres et aux déplorations de toutes sortes. Il faut continuer et transformer les problèmes en occasion de dépassement de soi et ouvrir toujours plus les chantiers, les projets, les expériences. C’est le sens, selon nous, de l’engagement contemporain en art comme en beaucoup d’autres domaines. L’urgence est de prendre encore et toujours des risques, ne serait-ce que celui de rendre visible le geste gracieux par lequel l’art permet de rendre chacun à soi-même. C’est ce projet de dépassement qui est coeur de la programmation de cette année et qui, nous l’espérons, vous rendra pertinent cette édition des Latitudes Contemporaines.

Avanti !

 

François Frimat, président de l'association Latittudes production, et Maria Carmela Mini, directrice artistique du festival Latitudes Contemporaines 

* André GORZ, Adieux au prolétariat, Paris, éd. Galilée, 1980