© Dorothée Thébert

Une humoriste entre en scène, douche, plateau vide, robe noire à paillettes. Les blagues s’enchaînent, acides, violentes parfois, le public rit, complice, tout laisse présager une soirée agréable.
Mais ce qui va de fait se passer, c’est que ce personnage ne va pas réussir à tenir le rôle de divertisseur qu’il devait assurer. Il va se trahir, démasquer ses failles, se perdre, interpeller le public, jusqu’à se décomposer totalement, laissant apparaître, derrière le masque, une personne dont on n’arrive pas à dire si elle est plus humaine ou plus monstrueuse, en tout cas une personne qui fait peur.
Face à elle, le spectateur, bousculé dans ses attentes, perd pied. Plus de rôles définis. Un nouveau rapport s’installe entre la personne regardée et celle qui regarde, un rapport plus humain.

Faire un spectacle sur le protagoniste du One man Show, l’humoriste.

Pierre Desproges, Jaqueline Maillan, Andy Kaufman, Thierry le Luron, Valérie Lemercier, des gens drôles, très drôles, et pourtant tous gagnés à leur façon par la dépression, la solitude, l’alcoolisme, le cancer : la destruction dans tous ses états. 
C’est la dualité de cette personne, cette vitalité jumelée au morbide, qu’il nous paraissait intéressant de mettre en relief, sous forme de va et vient entre le personnage social de l'humoriste et la personne complexe qui se cache derrière, aussi dangereuse et désespérée que fragile, peut-être même tendre. En affichant l'ambiguïté du personnage, c'est la structure dramaturgique même qui devient difficile à lire, laissant le spectateur dans une position où il doit tout le temps s’adapter.
Enrayer un rapport au public systematique. 
Dans la situation d’un One man Show classique, la place du spectateur est, sans être vraiment passive, du moins très limitée à une chose : rire. La position qu’il a à adopter est rassurante, unique, c’est celle de l’ironie. Pas de place pour le reste. C’est ce rapport léger et confortable qu’il est intéressant pour nous d’installer, puis, petit à petit au cours du spectacle, de casser constamment, pour forcer le spectateur à se replacer. 
Les possibilités d’interprétation s’ouvrant, il doit revoir sans cesse sa position, faire des choix : Comment ressent-il ce qui est dit par l’humoriste ? Est-ce que c’est drôle ? Est-ce que ça l’atteint ? Quand l’humour s’en va et que la lucidité reste, la situation est-elle toujours supportable ? »
Il se trouve confronté à ses peurs, ses questionnements intimes. Il redevient actif.

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